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L'urgence de remettre le collectif au coeur des pratiques de bien-être

Dernière mise à jour : 25 févr. 2022

Si il n’est pas vraiment original de dire que le covid a changé nos habitudes dans la pratique nos activités et de travail, il est intéressant d’observer que ce changement se répercute aussi sur nos pratiques de bien-être : d’abord une urgence à prendre soin de soi après des années de pandémie marquantes sur le plan émotionnelle, ainsi que pour beaucoup un premier accès à ces pratiques (le temps l’ayant permis durant le confinement). Cependant un autre constat peut-être fait, étant que malgré une envie de recréer du lien humain; la pandémie ayant mis en lumière l’importance du contact et le manque, on assiste à une individualisation et hygiénisation des pratiques de bien-être : cours de yoga en ligne et individuels favorisés, pratiques collectives compliquées et pratiques de soin précautionneuses voire hygiènistes.



Les pratiques de bien-être, des pratiques individuelles ?


Soit, la pandémie n’est pas le seul facteur d’individualisation de nos pratiques et on peut constater que celle-ci va de paire avec un courant sociétal, favorisant l’individualisme. Si cette idée n’est pas vraiment subversive et assez reconnue, elle mériterait d’être développée davantage, ceci dit le propos de cet article est davantage de réfléchir sur la manière dont nous pratiquons le bien-être et ici nous nous arrêterons principalement sur le yoga et le massage, sans interroger les valeurs sociétales en elles-mêmes.





Force est de constater deux choses : d’abord que le bien-être est le fruit d’un engouement marketing, la seconde que le marketing entourant le bien-être encourage grandement la notion personnelle de nos instants bien-être. “Un rituel à soi, un instant pour soi”. Et l’idée fait son chemin : le bien-être serait cet instant de centrage, ce moment de retour à soi, où l’on coupe avec le monde extérieur. Loin de dénoncer cette idée, et persuadée de l’intérêt d’avoir des moments qui nous appartiennent, j’interroge cependant les pourquoi de ces moments à soi. Prendre soin de soi, oui mais pourquoi ? Une pause pour retourner à la performance ? Un moment de bien-être pour équilibrer un mode de vie trop stressant ?

Ici pas de critique visant à remettre en question l’importance de s’accorder des moments de pause, de centrage et de détente mais plutôt une réflexion voulant interroger l’importance du lien et du collectif dans la notion de bien-être. Et sans mettre au cœur de cette réflexion les motivations personnelles de chacun, n’assiste t’on pas d’un certain point de vue à un culte de l’égo au sein de ces pratiques ? On pourra citer par exemple le yoga comme pratique de performance (pauses instagrammables, le yoga comme moyen de cultiver le culte du corps, ou encore le massage par rajeunir, ou pour maigrir, gommer nos rides, notre cellulite etc.).

Alors peut-on réellement envisager des pratiques où performance, individualité et culte de l’image comme des pratiques de bien-être ? Et comment envisager le bien-être sans envisager le lien à l’autre.

Cette recherche de performance ne nous éloignerait-elle pas justement de ce qu’est le bien-être ? Mais tout d’abord définissons ce que nous entendons par bien-être.


Bien-être, santé et sociabilité


D’après la définition que l’OMS donne de la santé et du bien-être, ceux-ci sont un « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. ».

Revenons sur la notion de bien-être social. D’une part, le bien-être se voit donc comprendre un aspect social. D’autre part, on peut interroger l’importance d’intégrer la sociabilité et le collectif à nos pratiques de bien-être, le bien-être intégrant une notion de lien, de rapport à l’autre, à la société et à l’univers.

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C’est en remontant dans les années 90 que la définition de bien-être va s’ancrer dans un rapport social et collectif et considère la place de l’individu dans la société. Cependant si on remonte l’histoire des pratiques bien-être elles se sont, dès leur genèse inscrites dans une démarche sociale et collective.


Yoga, rapport à soi, rapport à l'environnement


D’un point de vue étymologique la terminologie du mot “yoga” est assez parlante dans ce sens. Il provient de la racine sanskrit “YUJ”, traduite en anglais par “ yoke”, “join”, “unite”, “joindre”, “unir” en français. En se basant sur la définition mea.gov.in soit ministère des affaires étrangères indiennes, cette idée se rapporte à joindre la conscience individuelle avec la conscience universelle, l' harmonie entre le corps et l' esprit mais aussi avec les hommes, la nature et son environnement. L’harmonie entre l'être et l' univers, qui rapporte directement à l’idée de lien de rapport à l’autre et à son environnement.

Le retour à soi dans la pratique du yoga serait donc à des fins d’union, à soi, à l’autre et à l’environnement. Un retour à soi pour revenir et s’intégrer au monde extérieur.

Remontons maintenant à la tradition du massage ayurvédique, pratique issue elle-même de la médecine ayurvédique, médecine et art de vivre millénaire indienne qui considère l’être de manière holistique . En épistémologie ou en sciences humaines, relatif à la doctrine qui ramène la connaissance du particulier, de l'individuel à celle de l'ensemble, du tout dans lequel il s'inscrit.


Massage, toucher et lien à l'autre


En Inde, on considère le massage quotidien du bébé et de sa mère comme étant un soin important post-natal. Traditionnellement les enfants sont également encouragés jeunes à masser les membres de la famille, le toucher et le massage sont donc des outils de lien à la famille, à l’autre et cette pratique bien-être s’ancre donc directement dans une notion familiale et collective. Cette idée n’est pas spécialement propre à l’ayurvéda ni même à l’inde et le massage est /était employé dans les familles, dans beaucoup de régions d’Afrique et d’Asie. En particulier par des mères qui massent leur bébé mais pas que, le massage de la tête fait par exemple partie intégrante d’une visite chez le barbier ou le coiffeur dans une bonne partie de l’Afrique du Nord et de l’Asie, où de manière plus large la pratique du massage représente une hygiène de vie et un moment de détente quotidien.



On rapporte que traditionnellement le massage se pratiquait de manière collective en Europe également jusqu’au moyen-âge. Trop connoté notamment de par son lien avec les termes romains, le massage fut assimilé à la sexualité et au plaisir de la chair puis interdite à cette époque. Certains situent le retour du massage et sa pratique à grande échelle avec la naissance du mouvement hippie, si il n’y a pas de doute sur le fait qu’il a pu être pratiqué avant cette période, il s’agirait plus d’une révisibilisation. Cependant la pratique du massage a souvent, en Europe, du mal à sortir de la sphère réellement intime ou marchande et on l’imagine assez mal comme pratique collective.


Pourtant les pratiques de bien-être gagneraient réellement à s’inscrire dans un lien à l’autre, sortir d’une conception mercantile, et s’ancrer dans un quotidien et servir le soi, pour avant tout servir le collectif. Pour que le bien-être se pratique en collectif mais aussi qu’il serve à l’harmonisation des liens.


Un texte de : Lucille Migette


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